Vendredi 4 septembre 2009
"T'as fumé quoi ?", comme dirait Seb à la lecture du titre; rien du tout ! Aujourd'hui je voulais juste faire le point
sur le sujet du concours 2009 de Science Po', histoire de voir:
Qu'est-ce qu'un esprit juste ?
Déjà le public de ce blog va se scinder en deux groupes: ceux qui ont démarré la philo ce matin, et ceux qui en ont déjà
mangé à toutes les sauces.
Mais bon ! Entre les nouveaux et les rouillés, vous devriez tous aborder le sujet de la même manière :
En premier, définissons les termes: esprit = homme et juste = justice. Le mot clé étant juste, le sujet reprend le
chapitre de philo qui se rapporte à la justice.
Conclusion: la problématique, c'est "qu'est-ce qu'un homme de justice ?" C'est du moins la question à laquelle ont
répondu 90% des candidats. Sachant que Science Po' n'en prend que 10%, vous avez 20 secondes pour trouver l'erreur ! *grand sourire sadique à l'attention des candidats qui liront cet article
avant la publication des résultats*
Eh oui, les bacheliers qui ont non seulement loupé leur mention TB ont aussi loupé le deuxième substantif de "juste": justesse. Bouh ! Le sujet parlais certes de justice, mais aussi de
justesse, c'est-à-dire de vérité. Il ne nous reste que deux tâches, qui ne sont pas des moindres: définir le sens du mot "esprit", et trouver quel est le rapport entre la justice et la
justesse.
Pour ceux qui ont fait du latin, vous savez déjà que esprit vient de "spiritus", qui signifie souffle. Ainsi, l'esprit divin est en réalité le souffle divin; c'est donc une chose en mouvement,
dynamique.
Mais la vérité, au contraire, est une norme. Comment un esprit en mouvement pourrait-il se conformer aux normes figées ? Je vous le donne en mille: la critique. Critique est un mot qui vient du
grec et qui signifie tamiser. C'est donc faire le partage entre le bon grain et le mauvais, que l'on appelait ivraie. Le rôle de celui qui cherche la vérité, la justesse, c'est de faire preuve
d'esprit critique, et de rendre la justice avec justesse. Ça, mon vieux, c'est de l'esprit juste.
Voilàààà ! Si vous avez tenté Science Po' et que vous avez écrit la première version, toutes mes condoléances. Je vais aimer la philo, moi.
NB: J'ai pas trouvé ça toute seule, hein :p Ça vient de mon cours de Science Po ;)
Publié dans : Culture Générale
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Je suis tombée sur une pub originale pour Lacoste:
Leur slogan: "Espèce en voie de protection !"
Lacoste s'engage donc dans la protection des crocos, qui se trouvent être leur mascote. Et ce en partenariat avec un entreprise pas très connue, Save your Logo. Outre l'aspect marketing
absolument original qui booste l'image de l'entreprise, c'est agréable de voir qu'une grande marque comme Lacoste s'engage pour la planète.
C'est une démarche initiée par Save you logo:
"Le principe de Save Your Logo est simple :
Impliquer ces marques dans la conservation des espèces qui ont tant contribué à leur succès
et ainsi proposer aux entreprises de contribuer et de soutenir des actions de conservation de la biodiversité."
Ainsi, Save your Logo propose à ses adhérents un programme en trois
parties:
- Faire les efforts nécessaires pour protéger l'espèce, soit travailler avec des
organisations compétentes etc.
- Sensibiliser le grand public à ce genre de préoccupation (d'où la publicité, en
partie)
- Faire partie d'un réseau d'entreprises engagées dans la protection de
l'environnement.
Bref, un super concept, je trouve ! Hélas, le projet ne semble pas trop prendre; seuls
Lacoste et la Maaf y participent; c'est relativement peu de clients, pour une compagnie internationale. Toutefois, je suppose que Save you logo est relativement
jeune.
Bref, si papa-maman ont une entreprise avec un animal pour logo, vous devriez les pousser à
jeter un oeil à ce truc ! En ce qui concerne ma maman, son entreprise a choisi une cellule cardiaque, c'est peu pratique :p
Soyons fous ! Un autre texte du même genre que le précédent, de
Ponge - l'inventeur des proèmes, c'est bien ça.
Francis PONGE, Ode inachevée à la boue (extrait), Pièces,
1962.
La boue plaît aux cœurs nobles parce que constamment méprisée.
Notre esprit la honnit1, nos pieds et nos roues l'écrasent. Elle rend la marche difficile et elle salit : voilà ce qu'on ne lui pardonne pas.
C'est de la boue ! dit-on des gens qu'on abomine, ou d'injures basses et intéressées. Sans souci de la honte qu'on lui inflige, du tort à jamais qu'on lui fait. Cette constante
humiliation, qui la mériterait ? Cette atroce persévérance !
Boue si méprisée, je t'aime. Je t'aime à raison du mépris où l'on te tient.
De mon écrit, boue au sens propre, jaillis à la face de tes détracteurs !
Tu es si belle, après l'orage qui te fonde, avec tes ailes bleues !
Quand, plus que les lointains, le prochain devient sombre et qu'après un long temps de songerie funèbre, la pluie battant soudain jusqu'à meurtrir le sol fonde bientôt la boue, un regard
pur l'adore : c'est celui de l'azur ragenouillé déjà sur ce corps limoneux2 trop roué de charrettes hostiles, – dans les longs intervalles desquelles, pourtant, d'une sarcelle3 à son gué
opiniâtre la constance et la liberté guident nos pas.
Ainsi devient un lieu sauvage le carrefour le plus amène, la sente4 la mieux poudrée.
La plus fine fleur du sol fait la boue la meilleure, celle qui se défend le mieux des atteintes du pied ; comme aussi de toute intention plasticienne. La plus alerte enfin à gicler au
visage de ses contempteurs5.
Elle interdit elle-même l'approche de son centre, oblige à de longs détours, voire à des échasses.
Ce n'est peut-être pas qu'elle soit inhospitalière ou jalouse ; car, privée d'affection, si vous lui faites la moindre avance, elle s'attache à vous.
Chienne de boue, qui agrippe mes chausses et qui me saute aux yeux d'un élan importun !
Plus elle vieillit, plus elle devient collante et tenace. Si vous empiétez son domaine, elle ne vous lâche plus. Il y a en elle comme des lutteurs cachés, couchés par terre, qui agrippent
vos jambes ; comme des pièges élastiques ; comme des lassos.
Ah comme elle tient à vous ! Plus que vous ne le désirez, dites-vous. Non pas moi. Son attachement me touche, je le lui pardonne
volontiers.
1 - honnir : couvrir publiquement de honte
2 - limoneux : plein de limon, de boue
3 - sarcelle : canard sauvage
4 - sente : sentier
5 - contempteur : personne qui méprise, dénigre.
Publié dans : Citations
1
Petite réflexion sur l'esthétique du laid chez les poètes
modernes, avec un texte de Lautréamont.
Pour vous donner une idée, Lautréamont meurt vers vingt ans de je-ne-sais-quelle maladie, seul dans son appartement à Paris. Personne ne s'intéressant à lui, on le retrouve plusieurs mois plus tard
à l'odeur de décomposition que son cadavre dégageait... Bonne lecture !
« Le Pou », Les Chants de Maldoror, chant II, strophe 9
(1869).
[...] Vous ne
savez pas, vous autres, pourquoi ils ne dévorent pas les os de votre tête, et qu'ils se contentent d'extraire, avec leur pompe, la quintessence de votre sang. Attendez un instant, je vais vous le
dire : c'est parce qu'ils n'en ont pas la force. Soyez certains que, si leur mâchoire était conforme à la mesure de leurs vœux infinis, la cervelle, la rétine des yeux, la colonne vertébrale, tout
votre corps y passerait. Comme une goutte d'eau. Sur la tête d'un jeune mendiant des rues, observez, avec un microscope, un pou qui travaille ; vous m'en donnerez des nouvelles. Malheureusement ils
sont petits, ces brigands de la longue chevelure. Ils ne seraient pas bons pour être conscrits; car, ils n'ont pas la taille nécessaire exigée par la loi. Ils appartiennent au monde lilliputien de
ceux de la courte cuisse, et les aveugles n'hésitent pas à les ranger parmi les infiniment petits. Malheur au cachalot qui se battrait contre un pou. Il serait dévoré en un clin d'oeil, malgré sa
taille. Il ne resterait pas la queue pour aller annoncer la nouvelle. L'éléphant se laisse caresser. Le pou, non. Je ne vous conseille pas de tenter cet essai périlleux. Gare à vous, si votre main
est poilue, ou que seulement elle soit composée d'os et de chair.
C'en est fait de vos doigts. Ils craqueront comme s'ils étaient à la torture. La peau disparaît par un étrange enchantement. Les poux sont incapables de commettre autant de mal que leur
imagination en médite. Si vous trouvez un pou dans votre route, passez votre chemin, et ne lui léchez pas les papilles de la langue. Il vous arriverait quelque accident. Cela s'est vu. N'importe,
je suis déjà content de la quantité de mal qu'il te fait, ô race humaine ; seulement, je voudrais qu'il t'en fît davantage.
[...]
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