Je suis tombée sur ce site avec une pub pour Lacoste:

Eh oui, Lacoste s'engage dans la protection des crocos, qui se trouvent être leur mascote ! Outre l'aspect marketing absolument original qui dore vraiment l'image de Lacoste, c'est agréable de voir
qu'une grande marque comme Lacoste s'engage pour la planète.
C'est une démarche initiée par Save you logo:
"Le principe de Save Your Logo est simple :
Impliquer ces marques dans la conservation des espèces qui ont tant contribué à leur
succès et ainsi proposer aux entreprises de contribuer et de soutenir des actions de conservation de la biodiversité."
Ainsi, Save your Logo propose à ses adhérents un programme en trois
parties:
- Faire les efforts nécessaires pour protéger l'espèce, donc travailler avec les
organisations compétentes pour ça, etc
- Sensibiliser le grand public à ce genre de préoccupation
- Faire partie d'un réseau d'entreprises engagées dans la protection de
l'environnement.
Bref, un super concept, je trouve ! Hélas, le projet ne semble pas trop prendre; seuls
Lacoste et la Maaf y participent; c'est relativement peu, pour une compagnie internationale ! Je n'ai pas pu trouver la date de création de Save you logo, cela joue
sûrement...
Bref, pensez à ce truc quand vous aurez créé une entreprise qui aura un être vivant comme
logo ! :p
Soyons fous ! Un autre texte du même genre que le précédent, de Ponge - l'inventeur des
proèmes, c'est bien ça.
Francis PONGE, Ode inachevée à la boue (extrait), Pièces,
1962.
La boue plaît
aux cœurs nobles parce que constamment méprisée.
Notre esprit la honnit1, nos pieds et nos roues l'écrasent. Elle rend la marche difficile et elle salit : voilà ce qu'on ne lui pardonne pas.
C'est de la boue ! dit-on des gens qu'on abomine, ou d'injures basses et intéressées. Sans souci de la honte qu'on lui inflige, du tort à jamais qu'on lui fait. Cette constante
humiliation, qui la mériterait ? Cette atroce persévérance !
Boue si méprisée, je t'aime. Je t'aime à raison du mépris où l'on te tient.
De mon écrit, boue au sens propre, jaillis à la face de tes détracteurs !
Tu es si belle, après l'orage qui te fonde, avec tes ailes bleues !
Quand, plus que les lointains, le prochain devient sombre et qu'après un long temps de songerie funèbre, la pluie battant soudain jusqu'à meurtrir le sol fonde bientôt la boue, un regard
pur l'adore : c'est celui de l'azur ragenouillé déjà sur ce corps limoneux2 trop roué de charrettes hostiles, – dans les longs intervalles desquelles, pourtant, d'une sarcelle3 à son gué
opiniâtre la constance et la liberté guident nos pas.
Ainsi devient un lieu sauvage le carrefour le plus amène, la sente4 la mieux poudrée.
La plus fine fleur du sol fait la boue la meilleure, celle qui se défend le mieux des atteintes du pied ; comme aussi de toute intention plasticienne. La plus alerte enfin à gicler au
visage de ses contempteurs5.
Elle interdit elle-même l'approche de son centre, oblige à de longs détours, voire à des échasses.
Ce n'est peut-être pas qu'elle soit inhospitalière ou jalouse ; car, privée d'affection, si vous lui faites la moindre avance, elle s'attache à vous.
Chienne de boue, qui agrippe mes chausses et qui me saute aux yeux d'un élan importun !
Plus elle vieillit, plus elle devient collante et tenace. Si vous empiétez son domaine, elle ne vous lâche plus. Il y a en elle comme des lutteurs cachés, couchés par terre, qui agrippent
vos jambes ; comme des pièges élastiques ; comme des lassos.
Ah comme elle tient à vous ! Plus que vous ne le désirez, dites-vous. Non pas moi. Son attachement me touche, je le lui pardonne
volontiers.
1 - honnir : couvrir publiquement de honte
2 - limoneux : plein de limon, de boue
3 - sarcelle : canard sauvage
4 - sente : sentier
5 - contempteur : personne qui méprise, dénigre.
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1
Petite réflexion sur l'esthétique du laid chez les poètes modernes, avec un texte de
Lautréamont.
Pour vous donner une idée, Lautréamont meurt vers vingt ans de je-ne-sais-quelle maladie, seul dans son appartement à Paris. Personne ne s'intéressant à lui, on le retrouve plusieurs mois plus tard
à l'odeur de décomposition que son cadavre dégageait... Bonne lecture !
« Le
Pou », Les Chants de Maldoror, chant II, strophe 9
(1869).
[...] Vous ne savez pas, vous autres, pourquoi ils ne dévorent pas les os de votre tête, et qu'ils se contentent d'extraire, avec leur pompe,
la quintessence de votre sang. Attendez un instant, je vais vous le dire : c'est parce qu'ils n'en ont pas la force. Soyez certains que, si leur mâchoire était conforme à la mesure de leurs vœux
infinis, la cervelle, la rétine des yeux, la colonne vertébrale, tout votre corps y passerait. Comme une goutte d'eau. Sur la tête d'un jeune mendiant des rues, observez, avec un microscope, un pou
qui travaille ; vous m'en donnerez des nouvelles. Malheureusement ils sont petits, ces brigands de la longue chevelure. Ils ne seraient pas bons pour être conscrits; car, ils n'ont pas la taille
nécessaire exigée par la loi. Ils appartiennent au monde lilliputien de ceux de la courte cuisse, et les aveugles n'hésitent pas à les ranger parmi les infiniment petits. Malheur au cachalot qui se
battrait contre un pou. Il serait dévoré en un clin d'oeil, malgré sa taille. Il ne resterait pas la queue pour aller annoncer la nouvelle. L'éléphant se laisse caresser. Le pou, non. Je ne vous
conseille pas de tenter cet essai périlleux. Gare à vous, si votre main est poilue, ou que seulement elle soit composée d'os et de chair.
C'en est fait de vos doigts. Ils craqueront comme s'ils étaient à la torture. La peau disparaît par un étrange enchantement. Les poux sont incapables de commettre autant de mal que leur
imagination en médite. Si vous trouvez un pou dans votre route, passez votre chemin, et ne lui léchez pas les papilles de la langue. Il vous arriverait quelque accident. Cela s'est vu. N'importe,
je suis déjà content de la quantité de mal qu'il te fait, ô race humaine ; seulement, je voudrais qu'il t'en fît davantage.
[...]
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Toujours dans mes révisions ! Un autre poème pour vous
occuper: Claude Roy ressemble assez à Ponge; les deux donnent vie à des objets par la poésie. (pas le temps d'en dire plus !)
La fenêtre fermée
La fenêtre fermée n’en réfléchit pas moins
Le monde qu’elle tient à l’écart d’elle-même
Les gens qui n’en finissent jamais de passer
Le ciel qui ne sait s’arrêter d’être ciel
Et la maison d’en face à l’ancre de ses pierres
De son toit de ses murs de son poids de maison
La fenêtre fermée n’est pas très sûre d’elle
Ni d’être ce qu’elle est ni de voir ce qui passe
La fenêtre fermée tournée vers son envers
Donne à la nuit dedans des nouvelles du jour
Et parle à la chaleur du froid qu’il fait dehors
La fenêtre fermée réfléchit lentement
Et triste traversée taciturne tapie
Rêve de retenir et de garder pour elle
(rien qu’un petit moment préservé de s’enfuir)
Ce chat ou cet enfant qui marchent dans la rue
Et traversent son eau sans y laisser de trace.
Claude Roy, Poésies
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1) ça fait quatre heures que je bosse sur la même chose,
j'en ai marre;
2) comme Julien veut pas que je lise L'écume des jours de Boris Vian quand j'ai mes règles, j'ai décidé que quitte à poster
un truc intelligent, ce serait un poème de lui;
3) oui, j'ai la flemme de rédiger mon article correctement. Littérature. Irrévérence. Na.
je deviens folle
Merci à Christina (dans ma classe) qui nous l'a récité par coeur avec beaucoup de sensibilité; j'aurais jamais connu ce truc, sinon. Et puis je le trouve plus
beau quand il est récité que quand il est lu.
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir
Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche
Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort...
Boris Vian.
Edit: Mister Hell (inconnu au bataillon) m'a indiqué une mise en musique vraiment
sympatoche:
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