Mercredi 27 mai 2009
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La Nation
I. Définition
II. La nation comme entité culturelle et politique
III. La difficile conciliation entre patriotisme et cosmopolitisme
En rappel, être cosmopolite, c'est être citoyen du monde. On dit aussi être universaliste.
Peut-on être fier de son pays et être citoyen du monde
?
En théorie, oui. On peut préférer son pays et accepter la préférence des autres; nous sommes tous humains, zut ! Bien sûr,
l'ethnocentrisme peut mener à la xénophobie, m'enfin ce sont des exceptions.
Au XVIIIe siècle, les philosophes relèvent la difficulté de concilier universalisme et ethnocentrisme.
Pourtant, Frédéric II de Prusse parlait Français, tout comme Catherine II de Russie ! Les témoignages:
• Helvétius, auteur de De l'esprit: ce philosophe écrivait que l'universalisme est une "chimère platonicienne".
• Voltaire, qui se considérait comme très cosmopolite, mais était conscient de cette difficulté: "Il est triste que pour être bon patriote on soit
l'ennemi du reste des hommes."
• Montesquieu pensait la même chose que Voltaire.
• Pascal, dans ses Pensées, affirmait que s'il savait quelque chose utile à l'Europe ou à sa patrie mais mauvais pour le genre humain, il la
critiquerait ou l'abandonnerait.
• Rousseau estimait également la chose difficile. Dans L'Émile ou de l'éducation, il écrit qu'il faut choisir entre faire un homme ou faire un
citoyen. De sa naissance à ses 18 ans, (soit dans les quatre premiers tomes de son essai), on enseigne à Émile les valeurs de l'humanité. Ce n'est qu'après ses 18 ans, quand on le marie, qu'on lui
enseigne des valeurs citoyennes et à faire partie d'une communauté.
Quelques dates:
• La Révolution Française: elle était à
la fois française et universelle, puisque la révolution s'est diffusée partout en Europe. Pour la petite histoire, le baron allemand Anacharsis Cloots s'est présenté à la Convention comme
ambassadeur de l'humanité (rien que ça) et leur a conseillé de faire la guerre partout pour imposer leurs idées. C'est ce que Napoléon a fait, et ça a à peu près bien marché, non ? :p
• 1898: L'affaire Dreyfus: La Ligue des Droits de l'Homme apparaît pour défendre un "mauvais patriote" contre la Ligue de la Patrie Française (née
en 1899). Une problématique intéressante; valait-il mieux défendre l'homme (le genre humain, cosmopolitisme) ou l'armée (les piliers de la nation, patriotisme) ?
• 1914: Jean Jaurès, qui était dans "le camp de l'homme" (Ligue des Droits de l'Homme), va rencontrer pacifiquement les socialistes allemands pour
empêcher la guerre, au nom du cosmopolitisme. Un fanatique l'assassine le 31 juillet 1914 rue Montmartre, au café Croissant; l'autorité contre la guerre est éliminée, la première guerre mondiale
est déclarée trois jours plus tard au nom du patriotisme.
• Seconde Guerre mondiale: L'esprit de résistance est un excellent exemple; on a pu y observer une parfaite conciliation entre le patriotisme (volonté de
défendre le pays contre l'occupant) et le cosmopolitisme (défendre l'humanité contre l'horreur). Si vous connaissez Aragon et son Roman Inachevé (oui, c'est un recueil de poèmes), vous
aurez peut-être lu ses "Strophes pour se souvenir": "Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand." Il parle également des immigrés d'Europe de l'Est qui sont morts pour la France: "Ils
étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent/ vingt et trois amoureux de vivre à en mourir/ vingt et trois qui criaient la France en s'abattant". (selon les dires
d'Aki)
• Mai 68: voir "Révolution Française" :p
En conclusion, souvenez-vous simplement de deux grandes figures du XXe siècle: Jean Jaurès, patriote et cosmopolite, et Charles Maurras, de la droite
nationale: "Je connais des Français, des Anglais, des Allemands; je ne connais pas d'hommes."
Par Nÿd Drakan
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Jeudi 28 mai 2009
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15:00
J'ai fait le pari avec Seb et Julien que j'aurais plus de visiteurs sur mon blog si je parlais de sexe. Allons-y gaiement,
donc ! Je vous propose deux tableaux qui se font écho.
Le premier, super connu: L'Origine du Monde, de Courbet.
Haha, si j'avais imaginé mettre ce tableau sur mon blog un jour !
Bref.
Ce tableau a été réalisé par Gustave Courbet en 1866. C'est une huile sur toile de 46x50cm. Si vous êtes des gens normaux (et j'espère que non), vous devriez être choqués par la prise de vue; non
seulement c'est super salace, mais en plus... qui est le modèle
?
Comme je n'y entends pas grand chose en art, je suis allée consulter Wikipédia, qui dit que le suspect n°1 se nomme Joanna Hiffernan. Hélas, on n'en sait pas grand chose sur cette femme; elle a été l'amante de Courbet et d'un autre artiste avant lui, James McNeill Whistler
(c'est lui-même qui l'a présentée à Courbet, d'ailleurs). Une Irlandaise, que l'on surnommait Jo. Tenez, la voilà posant pour Courbet:
La Belle Irlandaise (portrait de Jo),
Courbet
Qu'est-ce qui nous dit que c'est bien elle ?
- Après avoir peint son Origine du monde, Courbet et Whistler se sont sérieusement engueulés.
- Jo était son amante à l'époque.
- Cette hypothèse a été soutenue par les romanciers Christine Orban (J'étais l'origine du monde) et Bernard Teyssèdre (Le roman de l'origine), qui ont tous deux probablement réalisé un gros travail
de recherche pour aboutir à cette conclusion.
Dans ce cas, pourquoi un pubis brun et pas roux ?
Déjà, la peinture a pu brunir. Ensuite, il ne faut pas oublier que le tableau était assez choquant comme ça. Le roux étant une couleur provocatrice par définition, il y a de fortes chances pour que
Courbet n'ait pas voulu en rajouter une couche.
Après, l'hypothèse de Jo a été réfutée par l'historien Thierry Savatier (L'origine du monde, histoire d'un tableau de Gustave Courbet). Dans sa postface de 2009, ce dernier ajoute même une
hypothèse selon laquelle le modèle était enceinte, à en juger par son abdomen et la position des cuisses. Peut-être que les scientifiques pourront confirmer ?
Courbet le provocateur
Courbet et Manet sont les premiers, au XIX, a avoir représenté le nu de cette manière. À une époque où l'érotisme et le nu n'étaient tolérés que dans un contexte mythologique, il s'agissait d'une
véritable "révolution picturale", comme dirait Wikipédia. À la fois réaliste et irrévérencieux, Courbet, c'est la classe.
Pour la petite histoire, quand le tableau est arrivée au musée d'Orsay, un gardien a été affecté à la surveillance de cette seule pièce pour observer les réactions du public.
Passons maintenant à un clin d'oeil de ORLAN, une artiste plasticienne.
L'Origine de la guerre, ORLAN
Ce "tableau" est une retouche photographique. Orlan a complètement détourné le tableau de départ, et de manière très
fine; les tonalités sont les mêmes (j'ai dit les tonalités, pas la quantité de poils), les dimensions aussi. Le cadre baroque termine le pastiche. (le cadre du tableau de Courbet est quasiment
le même).
Voilà, je n'ai pas trouvé beaucoup plus d'infos sur le tableau, et je ne me hasarderai pas à une analyse. Mais j'aime beaucoup cette reprise !
(maintenant je surveille le nombre de visiteurs et de commentaires :p)
Par Nÿd Drakan
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Mardi 30 juin 2009
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16:37
Je passe entre deux heures de rangement de chambre (une semaine de révisions et ma chambre passe du statut d'endroit
vivable à dépotoir sans fond) pour vous proposer une petite liste de lectures pour les amoureux de culture générale ! De mon côté, je les lirai probablement dans le courant de l'année prochaine, je
vous ferai de jolis résumés ! ;)
- Platon : Gorgias, La République
- Aristote : Les politiques, Ethique à Nicomaque
- Machiavel : Le Prince
- Marx : Manifeste du parti communiste
- La Boétie : Discours sur la servitude volontaire
- Pascal : Second discours sur la Condition des Grands
- Hobbes : Le Léviathan, Le Corps politique
- Rousseau : Dicours sur l’origine de l’inégalité, Le Contrat social
- Kant : Projet de paix perpétuelle
- Weber : Le Savant et le Politique
- Arendt : Les Origines du totalitarisme, Qu’est-ce que la politique ?, La Crise de la culture
- Lévi-Strauss : Race et Histoire
- Ricoeur : Du texte à l’action
- Todorov : Nous et les autres
- Lipovetski : L’ère du vide
- Manin : Principes du gouvernement représentatif
- Dictionnaire de culture générale (F. Laupies)
- Chronique des idées contemporaines (J. Roman)
(si avez une panne d'inspiration au moment de mon anniversaire, pensez à cette liste :p)
Et si vous vous intéressez plus à des problèmes d'actualité et à leurs répercussions économiques et politiques, je vous conseille très vivement:
- Erik Orsenna: L'Avenir de l'eau
- Amin Maalouf: Le Dérèglement du monde
Par Nÿd Drakan
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Vendredi 4 septembre 2009
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18:44
"T'as fumé quoi ?", comme dirait Seb à la lecture du titre; rien du tout ! Aujourd'hui je voulais juste faire le point
sur le sujet du concours 2009 de Science Po', histoire de voir:
Qu'est-ce qu'un esprit juste ?
Déjà le public de ce blog va se scinder en deux groupes: ceux qui ont démarré la philo ce matin, et ceux qui en ont déjà
mangé à toutes les sauces.
Mais bon ! Entre les nouveaux et les rouillés, vous devriez tous aborder le sujet de la même manière :
En premier, définissons les termes: esprit = homme et juste = justice. Le mot clé étant juste, le sujet reprend le
chapitre de philo qui se rapporte à la justice.
Conclusion: la problématique, c'est "qu'est-ce qu'un homme de justice ?" C'est du moins la question à laquelle ont
répondu 90% des candidats. Sachant que Science Po' n'en prend que 10%, vous avez 20 secondes pour trouver l'erreur ! *grand sourire sadique à l'attention des candidats qui liront cet article
avant la publication des résultats*
Eh oui, les bacheliers qui ont non seulement loupé leur mention TB ont aussi loupé le deuxième substantif de "juste": justesse. Bouh ! Le sujet parlais certes de justice, mais aussi de
justesse, c'est-à-dire de vérité. Il ne nous reste que deux tâches, qui ne sont pas des moindres: définir le sens du mot "esprit", et trouver quel est le rapport entre la justice et la
justesse.
Pour ceux qui ont fait du latin, vous savez déjà que esprit vient de "spiritus", qui signifie souffle. Ainsi, l'esprit divin est en réalité le souffle divin; c'est donc une chose en mouvement,
dynamique.
Mais la vérité, au contraire, est une norme. Comment un esprit en mouvement pourrait-il se conformer aux normes figées ? Je vous le donne en mille: la critique. Critique est un mot qui vient du
grec et qui signifie tamiser. C'est donc faire le partage entre le bon grain et le mauvais, que l'on appelait ivraie. Le rôle de celui qui cherche la vérité, la justesse, c'est de faire preuve
d'esprit critique, et de rendre la justice avec justesse. Ça, mon vieux, c'est de l'esprit juste.
Voilàààà ! Si vous avez tenté Science Po' et que vous avez écrit la première version, toutes mes condoléances. Je vais aimer la philo, moi.
NB: J'ai pas trouvé ça toute seule, hein :p Ça vient de mon cours de Science Po ;)
Par Nÿd Drakan
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