Samedi 21 avril 2007
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18:49
Un truc écrit pendant les vacances, ça ressemble au film "Retour à Cold Moutain"
(pour ceux qui connaissent pas, je conseille vivement!) dans le concept, mais bon, c'est la première fois que j'essaie un genre épistolaire, je referais sûrement des essais, ça me déplaît pas
trop.
" Je repense à toi, soldat.
Un nom, un souffle, le vent d'une rêverie oubliée, et mon coeur bat plus fort contre mes côtes, l'air se fait rare dans mes poumons. Il suffit qu'une pensée prenne d'assaut mon
âme à l'agonie, un vague songe sans importance, qui soit lié à ta personne, pour que ta voix doucereuse envahisse de nouveau mon esprit. Je souffre de ton absence, soldat. Ne m'avais-tu pas promis,
juré, ne m'avais-tu pas donné ta parole, que peu de temps après ton départ, je pourrais lire des mots de toi? Tu me laisse sans nouvelle, et ton souvenir me torture corps et âme. Ecris, si tu
le peux, dépose une pierre dans une enveloppe, un brin de ta chevelure, et tel un feu meurtri par le vent d'hiver soudain revigoré grâce à d'agréables souffles chaud, tu rendras à l'espoir lui-même
une lueur nouvelle. Je t'en prie, dis-moi que la vie et toi ne faites toujours qu'un.
Tu m'as laissé un médaillon de cuivre, lorsque tu es parti, que ton père avait forgé, et dans lequel siège ton portrait. Une photographie teintée de gris, de noir, de blanc, sur
laquelle je peux voir ton visage serein. Tu arbores un sourire discret qui te vas plutôt bien. Quand je l'ouvre pour te contempler, je peux encore humer quelques effluves nébuleux des senteurs qui
furent ton parfum. Il ravissent mes poumons, et pourtant sont une torture intolérable. Il me suffisait jadis de m'approcher de ta nuque, murmurer quelque secret à ton oreille pour que me
parviennent ton odeur sauvage et envoûtante.
Chacun de mes mouvements porte ta mémoire, dans leur inconsciente gestuelle. En guise d'exemple; lorsque je pose sur mes épaules ton grand manteau noir, qui fut remplacé par
cette horrible veste bleue de l'uniforme soldatesque que tu arborais sans fierté, je pense à toi. Il préserve entre ses coutures vieillies la chaleur de mon corps, quand il m'arrive encore de
marcher sous la neige. La pluie glisse sur son cuir sans oser souiller mes chemises, cette pluie, qui en frappant contre lui, fait couler le long de mes jours d'amères larmes diluées par
l'intempérie. Ou bien lorsque je relis tes poèmes, notés en hâte à la plume sur des parchemins blancs, ces mots que tu avais su dompter pour moi, que tu glissais sous ma porte, aux heures les plus
obscures des nuits d'été, dans un silence parfait qui jamais ne perturba mon sommeil pourtant léger. Je les conserve dans une boîte d'aluminium, et souvent passe des journées entières à les relire,
à savourer chaque courbe de chaque lettre, que tu traçais si bien, avec une volupté et une souplesse de plume sans égales. Et puis, dernière relique du passé, j'ai gardé cette boîte à musique dont
tu ne te séparais pas, que je t'avais presque dérobée, à la dernière minute, pour que, si j'oubliais la mélodie de ta voix, je puisse détenir encore quelques harmonies qui me feraient penser à toi.
Comme pour me contredire absolument, ma mémoire a fait que restent gravés dans ma conscience chacune des syllabes que tu as prononcées.
Quand rentreras-tu? Je me meurs de langueur , et subis l'accablement comme une plaie qui ne cicatrise pas. En ton nom, je dissimule au fond de mon coeur une dernière lueur
d'espoir, de rêve, et m'accroche à ces empreintes que tu as laissées sur mon âme avant de disparaître. Je t'attends, je souffre. Je dépéris. Pourtant je vis, et continue de contempler comme chaque
soir les constellations qui éclairent le monde, dont tu me parlais comme un philosophe, comme si tu étais leur fils... Penses-tu encore seulement à elles?
Reviens, soldat..."
Par Nyd Drakan
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Publié dans : Folies Textuelles
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