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À mon très cher Visiteur

(!) Blog en cours de redesignement (!)
Pour l'instant le texte est illisible, mais ça ne devrait pas durer !

Ce que la presse en dit:
"Hard to describe, voilà un blog des plus fantasques, entre couleurs, culture et musique. Dame Drakan nous offre là ce mélange de fruits si subtil, entre finesse et démesure, cette pomme à la française, juteuse dans l'humour et acide dans l'analyse. Elle invente ici ce que nous pourrions appeller la harp touch. En somme, l'art et l'élégance, associé au verbe et à l'extravagance !"
Tew Nork Yimes

 Le blog :
En pleine période de rénovation !
J'ai dû supprimer mes enregistrements de harpe: Seb ne payant plus son hébergeur, j'ai tout perdu ! Vous n'avez plus qu'à aller sur mon myspace ;)

 Môa :
• Humeur: Encore combien de centaines de dissertes à faire, là ?
• Bonne résolution: Cette année je fais du sport ! ><
• Musique(s): Ma playlist Deezer
• En lecture: L'Odyssée d'Homère, traduite par Philippe Jaccottet
                     Brick Lane, by Monica Ali
                     Political Philosophy, by David Miller

• Citations: "Le chaînon manquant entre le singe et l'homme, c'est nous." - Pierre Dac

Culture Générale

Vendredi 30 janvier 2009
Je sais que ça s'écrit pas comme ça ! C'est juste que ma culture irlandaise m'a complètement influencée, et au début j'étais persuadée que ça s'écrivait comme ça :p

En fait ça me détend énormément de faire des articles, même si vous ne mettez jamais de commentaires ! Le problème, c'est que mon Photoshop n'est pas compatible avec ma nouvelle version de Mac OS X, du coup je ne peux traiter aucune image, et donc ne peux rien mettre sur mon blog... C'est triste, hein ?
Mais voilà, le fait est que j'aimerais bien fidéliser mes visiteurs (mes abonnements à des magazines économiques ne m'influencent pas du tout, noon !), je vais vous parler de mes cours de Sciences Politiques. Déjà parce que ça m'intéresse et que retaper mon cours, ça m'aide à le retenir, mais aussi parce que ça vous intéresse (si si) et que ça fait classe de ressortir ce genre de trucs à table.

Bref ! Premier sujet, encore à peu près d'actualité: Obama !
(vous avez intérêt à aimer, je me suis démerdée pour déduire le plan de son cours toute seule, et j'ai rajouté des tas d'informations supplémentaires ! (notamment des références de livres))



Élections présidentielles américaines:
leurs paradoxes



I. Les apports de l'élection

• L'accomplissement d'un processus démocratique
En effet, un citoyen, "même" noir, peut faire de la politique et devenir représentant du peuple, même s'il n'était pas socialement avantagé au départ...
Obama assure la promotion des individus plutôt que celle du groupe. Prôner la liberté individuelle, certes, mais dans démocratie, démos, c'est le peuple... Ça soulève des questionnements !

• Un processus de personnalisation de la vie politique

Déjà, la diversité personnelle du président représente la diversité du peuple, et fait du gouvernement une entité représentative du peuple, et plus de groupes politiques. Bernard Manin, en 1995, dans ses Principes du Gouvernement représentatif, qui constitue une étude du système républicain actuel, explique que dans la politique moderne, les partis politiques perdent en importance au profit des médias: c'est ce qu'il appelle "la démocratie du public". Le rapport entre les électeurs et le candidat est rendu plus immédiat, grâce aux meetings et aux interviews fournis par les médias.

• Réactivation du mythe du Self-made Man

Le self-made man, ou le "rêve américain", c'est l'idée que n'importe qui, par son travail, son courage et sa détermination, peut devenir prospère. Chacun accepte de vivre dans une société inégalitaire, parce qu'on considère que les chances d'y réussir sont plus élevées. C'est une des raisons qui expliquent le célèbre courant migratoire vers les États-Unis.
En gros, Obama ne s'est pas construit pas le système des grandes écoles, en reproduisant des élites sociales. C'est un fils d'immigrants, d'un couple séparé, il était travailleur social...

• Une société qui a tendance à s'atomiser
Les grandes structures qui solidifiaient la société, comme l'Eglise, l'armée, la famille, se détruisent à cause de l'individualisme. On peut supposer que c'est pour ça que Obama s'appuie sur un idéal d'union, alors qu'il représente tout ce qu'il y a de plus éclaté.

II. La fin d'une "guerre civile" ?


Hegel: "l'Histoire n'est pas le lieu de la félicité: les pages de bonheur y sont les pages blanches." Selon Hegel, philosophe allemand du début du XIXe siècle, considère que l'Histoire progresse dans la violence. En gros, les sociétés évoluent dans le conflit, dans la guerre.
Un professeur de Harvard, Samuel Huntington, a soutenu ses thèses, d'une manière un peu différente; sa thèse est devenue célèbre, c'est le fameux Clash of Civilizations, le Choc des civilisations en Français. En (très) gros, il raconte que la lutte entre les cultures n'est pas d'origine économique ni quoi que ce soit, mais pour des raisons purement culturelles.

Obama, lui ne joue pas son jeu: pour lui, la lutte blancs-noirs appartient au passé. Il reconnaît les tensions inter-ethniques, mais souhaite les dépasser; l'heure n'est pas à la revanche, mais à l'union. De cette manière, il se rapproche plutôt de Races et Histoire de Lévis Strauss: "tout progrès est fonction d'une coalition entre les cultures." Le meilleur exemple de cette théorie, c'est la découverte du Nouveau Monde par les Européens; ils ont gagné contre les indigènes parce qu'ils avaient réalisé un optimum de diversité à l'échelle d'un tout petit morceau de continent; en gros, tous les Européens ont collaboré en acceptant leurs différences, alors que les Indiens sont restés séparés.


III. Le personnage d'Obama


• La synthèse de plusieurs mythes politiques
Eh oui, on dénombre quatre mythes principaux dans l'imaginaire politique, recensés dans Mythes et mythologies politiques de Raoul Girardet, en 1990. L'âge d'or, l'union, le sauveur, et la conspiration. Comme on l'a vu dans le paragraphe suivant, Obama utilise celui de l'unité, et puis celui du sauveur; il se place en leader charismatique (la crise économique tombe bien, il faut avouer), avec la dimension mythique qui accompagne une révolution.

• Un personnage romanesque
Il faut se rendre à l'évidence; relativement jeune, sage... Son éducation protestante aidant, il apparaît comme quelqu'un d'avisé, qui a du self-control... Il ne faut pas oublier que la dimension religieuse aux USA compte ! Ensuite, on revient au mythe du self-made man.

• Un changement de génération
... Qui incarne un certain renouveau plein d'espoirs pour la population. Enfin, il a tout de même fait référence aux pères fondateurs; il est à la fois traditionnaliste et innovant. C'est le meilleur duo, qui a fait le succès de Mitterand, à une autre époque...

IV. Restauration de l'image des États-Unis dans le monde

• Pourquoi des Français ont-ils voulu voter ?
Vous en avez sûrement entendu parler, des villages français ont reproduit les élections américaines, et des tas de Français ont finalement "voté" aux élections. En fin de compte, on accepte la domination américaine à condition de pouvoir participer à la vie démocratique; même si c'est imaginaire, ça rend la chose plus acceptable. On peut parler d'une mondialisation des élections.

• Problèmes auxquels Obama va devoir faire face
- mettre en place une gouvernance mondiale, afin de réguler l'économie mondiale. Tout étant interdépendant économiquement, on suppose que c'est la seule solution; mais est-ce que ça va vraiment marcher ?
Le reste est déduit de son discours à Berlin:
- Rétablir des dialogues plus fréquents entre les US et l'Europe
- Peut-on vraiment ignorer les théories (fondées, si on y réfléchit) de Hegel et imaginer l'Histoire sans conflits ?
- L'engagement politique relève-t-il vraiment de la rationnalité ? N'oublions pas la naissance de l'Obamania... (Mania = folie en grec)

Et puis, dernière piste de réflexion sur les élections en général: un système représentatif est-il vraiment démocratique ? (vous savez, le système avec les grands électeurs) Selon Bernard Manin, politologue Français, qui a écrit les Principes du gouvernement représentatif, considère qu'une élection, par définition, n'est pas démocratique; en effet, on désigne le meilleur, ce qui se rapprocherait plutôt de l'aristocratie...


Je tiens à préciser que ce résumé de cours ne vient pas de nulle part ! Le copyright revient à M. Eterstein et à Nyd Drakan, c'est gentil de le préciser si vous citez quoi que ce soit. Ces paragraphes sont inspirés des notes du cours de Sciences Po' de M. Eterstein; je me suis occupée de clarifier le plan, de reformuler, de rajouter des références et quelques définitions.
Par Nÿd Drakan
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Vendredi 20 mars 2009
Pour reprendre mon projet d'orienter un peu ce blog vers des réflexions "philosophiques" et tout le reste, j''ai pensé que je pourrais commencer à vous écrire une partie de mon cours de Sciences Po' sur l'utopie. Il y a des gens qui étaient intéressés, si je ne m'abuse ! :p

Bon, demain j'ai un bac blanc de Français, alors je ne vais pas m'y coller ce soir, mais je vous propose la chose suivante: aujourd'hui je vous propose une liste de bouquins apparentés au sujet, et je vais poster une page avec le plan, ce qui me permettra de faire un post par paragraphe, ce qui me simplifiera la vie, ce qui... bref. Aujourd'hui = bouquins + plan, voilà.

Théoriciens de l'utopie:

- Georges Jean (Chez Découvertes Gaillimard): Voyages en Utopie
- Paul Ricoeur: Du texte à l'action, et L'idéologie et l'utopie, deux expressions de l'imaginaire social
- Cioran: Histoire et Utopie

Utopies:

- More: Utopia, 1516 (première utopie jamais écrite !)
- Rabelais: Gargantua, 1535 (la partie sur l'Abbaye de Thélème)
- Montesquieu: Les Lettres persannes, 1721 (la partie sur les Troglodytes)
- Marivaux: L'Île aux esclaves, 1725
- Voltaire: Candide, 1759 (la partie sur l'Eldorado)
- Louis-Sébastien Mercier: L'an 2440, rêve s'il en fut jamais, 1770 ! (première utopie-science-fiction !)
- Diderot: Supplément au voyage de Bougainville, 1772
- Fourier: Le Phalanstère, 1846
L'utopie par Wikipédia
Les utopies déjà tentées sur Terre, par Werber

Contre-utopies:
- Huxcley: Le Meilleur des mondes, 1931
- Orwell: 1984, 1948
-
Ira Levin: Un Bonheur insoutenable, 1969
- Perec: W ou le souvenir d'enfance, 1975


... Vous pouvez déjà remarquer que l'utopie a traversé les sciècles et l'esprit de beaucoup de nos grands écrivains ! (et encore, je n'ai pas tout mis, mais si d'autres me viennent en tête, j'éditerai !)

Ma page-plan
Par Nÿd Drakan
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Samedi 21 mars 2009
C'est partiiii !

L'utopie


I. Définitions et Principes
A. Définitions

Voilà où nous allons démarrer; aux définitions. Ce n'est pas passionnant, m'enfin il faut bien commencer par le début !


1. Étymologie

 
Utopie, de l'anglais utopia, est un néologisme de l'écrivain anglais Thomas More, dont je reparlerai un peu plus tard. Il s'inspire... du grec. Mais on n'est pas bien sûr de quel mot, exactement, donc on a décidé de mélanger les deux hypothèses principales:
- Topos; le lieu, la cité. Ça, on en est sûrs.
- U, préfixe privatif
- Eu, qui signifie bonheur (tout est bien, littéralement).
La cité de nulle part d'un côté, la cité où on est heureux de l'autre, ça donne la cité où on est tellement heureux qu'elle d'existe nulle part. Youpi ! :D



2. À propos de Emil Cioran (digression)

Mais ne nous arrêtons pas là, sinon ça serait vraiment ennuyeux, comme début. En bonus, vous avez droit à la définition donnée par Emil Cioran... Mais d'abord, petite digression: qui est Cioran, à part l'auteur de Histoire et Utopie ?
C'est un roumain qui a vécu de 1911 à 1995, il était philosophe et écrivain. On l'a surnommé "le penseur du désespoir" (eh ouais, c'est la classe); pour vous donner une idée, il a écrit un bouquin qui s'appelle De l'inconvénient d'être né.
Petites anecdotes pour que vous vous souveniez de lui:
- Il a refusé des tas de prix littéraires sauf un (le Rivarol), sous prétexte qu'il avait besoin d'argent.
- Invité dans une université états-unienne, et présenté comme l'égal des plus grands philosophes, il déclara avec un air inquiet : « Mais je ne suis qu'un plaisantin ! »
- C'est le premier philosophe d'on on a annoncé la mort de son vivant; il a fait le mort sur son lit (immobile les yeux ouverts); quand sa femme de ménage est arrivée, elle n'a pas hésité (vivant, il avait déjà la tête exsangue rêvée pour un cadavre); elle a appelé tous les journalistes du coin !


3. Définition de l'utopie par Cioran

Oui parce que bon, il a aussi dit des trucs intéressants sur l'utopie !
Déjà, il a traité notre pauvre utopie de "féérie monstrueuse". Pas sympa, hein ! Féérie parce que l'utopie a un caractère inhumain; il n'y a ni méchanceté, ni excès, ni rien du tout. Et puis momnstrueuse parce que de toutes façons, nous vivons dans la haine, et qu'il avait envie de pousser sur le mauvais esprit. Penseur du désespoir, vous vous souvenez ?

Il a aussi dit que l'utopie est clairement liée aux conditions historiques de son époque - le premier qui a fait le lien avec Histoire et Utopie a gagné. Il a d'ailleurs expliqué que pour Thomas More, les conditions étaient justement favorables pour qu'il écrive ton utopie:
- L'Angleterre connaissait un mouvement d'expansion de la propriété (Utopia est contre la propriété)
- À l'époque, on commençait à se frotter à d'autres pays, comme par exemple aux sociétés pré-colombiennes, qui avaient une notion différente de la propriété.
Je ferai sûrement un résumé du livre un peu plus en profondeur, mais ça attendra ! (il faudrait déjà que je le lise...)


V'là pour aujourd'hui !

(je rappelle que le copyright revient à moi-même et M. Eterstein*)


*... qui me fait passer mon oral blanc de Français vendredi prochain ! Beuh !
Par Nÿd Drakan
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Mercredi 1 avril 2009
L'utopie


I. Définitions et Principes
A. Définitions


B. Différentes dimensions et fonctions de l'utopie
 
Cette section est assez longue, et cela peut surprendre. On a tendance à penser que l'utopie, c'est un simple sous-genre littéraire tiré de l'apologue, et qui amuse la galerie. Oui, mais pas que ! C'est un genre à part entière qui joue un rôle indispensable dans la stabilité de la société.

Pas de quoi rire, en fait; l'utopie, c'est capital !
Bref ! Maintenant que nous avons établi une définition de l'utopie (le lieu où l'on est si heureux qu'il n'existe pas), il serait temps de voir ce qu'en disent les spécialistes de notre siècle. On prend un peu l'histoire de l'utopie à l'envers, mais mieux vaut commencer par l'analyse pour décoder nos futurs exemples.


En plus, vous allez voir pourquoi "penseur du désespoir" est le sobriquet parfait pour Cioran.


1. Les deux dimensions de l'utopie, par Cioran

Retour à notre cher Cioran, donc ! Pour ce qu'il a dit à sur les dimensions de l'utopie, je vais m'en tenir à ce que mon prof de Sciences Po' a dit - je n'ai pas retrouvé le chapitre qui en parle :

- Une dimension critique: avec une critique de la société et des modèles culturels. En construisant un monde parfait, on force le lecteur à lire une utopie par rapport à sa société de référence. Cette distance aide l'esprit critique à se mettre en place. Par exemple, Candide fait un gros câlin au roi d'Eldorado, qui n'est autre qu'un gentil monsieur paternel et bon vivant. C'est sûr que pour Voltaire, les Louis XIV et XV n'étaient pas trop dispos...

- Une dimension prospective; on fait des promesses, des propositions. On rêve d'un monde sans anomalie, sans mal, de perfection humaine; mais comme on va le voir, c'est une proposition antinomique qui reste à l'état... d'utopie !


2. L'utopie, rêve indispensable à la société

Pour ceux qui ne se sont pas encore jetés sur les rayons de la Fnac acheter l'Histoire et utopie de Cioran, ce paragraphe résumera le chapitre "mécanisme de l'utopie".
J'aime énormément le début de cette section:

"Quelle que soit la grande ville où le hasard me porte, j'admire qu'il ne s'y déclenche pas tous les jours des soulèvements, des massacres, une boucherie sans nom, un désordre de fin du monde."
Bref, dans ce chapitre, Cioran explique qu'une société qui n'a pas de rêves est condamnée, autant qu'une société qui les réalise.

Il y a l'idée du bonheur; notre philosophe roumain préféré considère l'homme comme un "amateur de bonheur imaginé", qui n'agit que sous la fascination de l'impossible. De l'utopie, quoi. La société et l'utopie sont, en ce sens, interdépendants: La société, comme on l'a vu, a besoin de l'utopie, et l'utopie a besoin de la misère comme matière brute. Il la sculpte pour fabriquer une "hantise" d'un monde meilleur. "Une foule de fiévreux qui veulent un autre monde, ici-bas et sur l'heure. Ce sont eux qui inspirent les utopies, c'est pour eux qu'on les écrit."

Selon Condorcet, l'utopie remplit ainsi "nos espérances sur l'état à venir de l'espèce humaine": détruire les inégalités entre les nations, faire progresser l'égalité au seins des peuples, et perfectionner l'homme.


3. Recette de l'utopie traditionnelle

Toujours dans le même chapitre, Cioran digresse, le temps de quelques pages, sur ce qui constitue une utopie.
Il vous faut déjà de la conviction. Fourier s'est battu toute sa vie pour trouver des sponsors afin de fonder ses phalanstères ! Ensuite, il faut "une certaine dose d'ingénuité, voire de niaiserie", mais une pincée seulement; si c'est trop visible, le lecteur s'ennuie. De plus, les personnages devront:
- Ne pas avoir de flair ou d'instinct psychologique: être de bons automates, en somme.
- Être "exsangues, parfaits et nuls, foudroyés par le Bien, aucunement initiés à l'existence, à l'art de rougir de soi, de varier ses hontes et ses supplices", ne guère soupçonner "le plaisir que nous inspire l'affaissement de nos semblables, l'impatience avec laquelle nous escomptons et suivons leur dégringolade." C'est assez pessimiste encore une fois, mais Cioran considère qu'on "ne se connaît soi-même qu'à partir du moment où l'on commence à déchoir." Conséquence:
- Ne pas se différencier des autres. Je rajoute mon interprétation personnelle: puisque la différence engendre le conflit, l'utopie n'est constituée que de gens semblables. Pas d'anomalies, d'irrégulier, d'hétérogène, sinon on se tape dessus. En ce sens, l'utopie justifie le racisme. Cioran préfère les termes de "rationalisme puéril et d'angélisme sécularisé."

"Pareilles élucubrations relèvent de la débilité mentale ou du mauvais goût", conclut Cioran ! Décidément, j'adore son style.

Bien sûr, il y a d'autres ingrédients à rajouter:
- un endroit loin de tout, dont l'accès est très difficile;
- des règles de vie précises et strictes;
- pas de temporalité; un monde parfait est un monde qui n'évolue pas, et qui donc n'a pas d'histoire.


4. Paul Ricoeur: idéologie et utopie, fonctions opposées mais complémentaires

Paul Ricoeur est l'auteur de L'Idéologie et l'utopie, deux expressions de l'imaginaire social. Je ne vais pas trop m'appuyer sur le livre pour cette partie, et ne vous livrerai que ses conclusions; pour en arriver là, il fait un comparatif des oeuvres complètes de Marx, Althusser, Mannheim, Weber, Habermas, et j'en passe; à moins d'avoir lu une grosse partie de leurs bouquins, c'est difficilement déchiffrable... Bref, pas grand chose sur quoi s'attarder.

Passons donc à ses conclusions !

Pour Ricoeur, on ne peut pas analyser l'utopie sans l'idéologie, et vice versa.
Alors l'idéologie, c'est quoi, déjà ? On penserait aux idées, dans un premier temps. Boarf, répond Ricoeur; mieux vaut partir de la définition de Marx; c'est un discours, une image qui distord la réalité pour la rendre méconnaissable. Il va ajouter d'autres fonctions à l'idéologie, qu'il va mettre en parallèle avec celles de l'utopie. Ça donne le tableau suivant:

  Fonctions de l'idéologie   Fonctions de l'utopie
  1. Distortion de la  réalité
 1. Schémas  irréalisables
 2. Légitimation de l'autorité
 2. Remise en question de l'autorité
 3. Intégration sociale
 3. Invitation au voyage

(j'ai passé deux heures à faire ce truc, je suis tellement fière de moi !)



Fonctions de l'idéologie

1. Distortion de la  réalité

L'idée de Marx, donc. Je vais fonctionner avec deu exemples:
- "les derniers seront les premiers dans le royaume de Dieu"; ici, l'idéologie chrétienne est une image inversée du monde réel.
- plus classique, à partir des relations d'inégalité, c'est-à-dire un maître exploitant un esclave; aujourd'hui, on parle de l'exploitation de l'homme par l'homme. L'idéologie, elle, dit que tous les hommes sont frères; il est donc inutile de se révolter pour l'esclave, puisque le maître est son frère ! De cette manière, l'esclave oublie les conditions de sa servitude et se conforte dans son état de dépendance. Voltaire en parle à travers son nègre de Surinam (chapitre XIX de Candide). Cela justifie aussi la célèbre maxime de Marx: la religion est l'opium du peuple.

2. Légitimation (et justification) de l'autorité
Marx n'en parle pas, mais ça reste compatible avec son discours; on distord la réalité pour faire accepter certains faits aux gens, comme l'autorité, même abusive. Ainsi naissant l'idéologie libérale, communiste... Économiquement, par exemple, l'idéologie dit que "le libéralisme, c'est la liberté du renard dans le poulailler." (c'est discutable, mais on en reparlera... plus tard !)

3. Intégration sociale
L'idéologie consolide une communauté durablement. Liberté, Égalité, Fraternité est une idéologie; on ne la respecte pas du tout, mais les gens continuent de s'y accrocher. En quoi ça permet de s'intégrer socialement, c'est simple: des symboles comme la fête nationale, la Tour Effeil, le drapeau tricolore et j'en passe, sont des symboles qui réunissent les gens autour de leur idéologie. Les supporters d'un match de foot qui se peignent le drapeau sur les joues se réunissent autour d'un même symbole de l'idéologie française.

-> Exemple général

Un exemple qui en fera sourire plus d'un: le régime nazi ! Dans ce cas, l'idéologie a pris la forme de la propagande.
- distortion de la réalité: un Reich qui durera 1000 ans.
- légitimation de l'autorité: le Furher est notre père.
- Intégration sociale: les fêtes diverses et variées (aniversaire d'Hilter...)

C'est à la fois dangereux et indispensable, en somme !
Pour Marx, l'anti-idéologie, c'esr la science, puisqu'on peut la définir comme une recherche de la réalité. Mais elle peut tout de même être utilisée à des fins idéologiques; selon les nazis, être un bandit, c'était héréditaire !


Fonctions de l'utopie

1. Schémas  irréalisables
C'est contraire au 1° de l'idéologie, puisque ce fait est clair. On se place dans le radical, l'extrême et l'exagéré. On se projette dans un monde totalement différent, et à force de radicalisme, on tombe dans un monde "trop" parfait.
C'est là qu'interviennent les contre-utopies, d'ailleurs; trop parfait, c'est trop dangereux, puisque ça conduit à l'élimination systématique de ce qui peut gêner la perfection. Et uniformiser, l'Histoire nous l'a appris, c'est faire tomber beaucoup de têtes.

2. Remise en question de l'autorité
Au lieu de la justifier, cette fois on la conteste. Dans Utopia, le gouvernement est souvent renouvelé. Dans l'Eldorado de Candide, il n'y a ni prison ni justice. On revient à l'idée de Cioran que l'utopie n'abrite que des être parfaits et obéissants...

3. Invitation au voyage
On ne s'intègre pas, on s'en va ! L'utopie est une sortie fantasmée de la réalité, la quête d'un autre monde. On pense que l'utopie va nous permettre d'exprimer des potentialités réprimées... Un monde meilleur, en somme.

Là aussi, le nazisme a un caractère utopique: pensez au pangermanisme !


Conclusion

L'idéologie et l'utopie sont complémentaires. On aura toujours besoin de l'utopie pour contester la réalité et se projetter dans un ailleurs radical.
Ce qui est intéressant, c'est que Ricoeur pense que l'utopie a pour fonction de critiquer l'idéologie: l'utopie renouvelle la société parce que c'est un laboratoire d'idées nouvelles. L'idéologie, elle consolide la société. L'utopie casse les cadres périmés quand l'idéologie rassure, conforte et solidarise.
Pour Cioran, une société sans utopie est sclérosée. Par contre, appliquer intégralement une utopie, c'est grave aussi ! Il faut un juste milieu.

À partir du cours de M. Eterstein et d'Histoire et Utopie de Cioran.

Par Nÿd Drakan
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Vendredi 8 mai 2009
(quelqu'un avait remarqué qu'il n'y a pas d'utopie(3) ? XD)

L'utopie

Bien ! Je suppose que vous serez tous très heureux d'apprendre que, si vous avez lu mes deux précédents articles sur l'utopie, vous êtes absolument calés sur ce qu'il faut en savoir !
M'enfin, c'est bien de pouvoir parler d'utopie, mais recrachez de la théorie sans exemple devant votre grand-mère, et l'effet voulu ne sera pas forcément au rendez-vous. Voilà trois exemples parmi tant d'autres qu'il me paraît intéressant d'étudier. Comme ça, vous pourrez faire comme si vous les aviez lues !

II. Quelques exemples d'utopie
A. Thomas More: Utopia

Commençons par le commencement; l'utopie de More. C'est pas compliqué, c'est la première utopie jamais écrite !

1. C'est qui, More ?
Déjà, il a vécu de 1478 à 1535; il a vu le début de la Renaissance, en gros. Il était donc contemporain de Machiavel, de Rabelais: c'était un ami d'Erasme.
Il était juriste et historien à la cour d'Henri VIII - ce qui lui coûta d'ailleurs la vie. C'est qu'il était fidèle au catholicisme, le pauvre, et quand le roi se convertit à l'anglicanisme, le pauvre More perdit la tête le 6 juin 1535. Pour la petite histoire, il a signalé à l'assemblée que l'échafaud était branlant, et dit au bourreau: "Mon cou est très court, prend garde à ne pas couper de travers !"
À part sa, il était très influencé par Platon; il avait lu La République, où la société est idéale, très hiérarchisée, et dirigée par un philosophe-roi. Ça n'a pas grand chose à voir avec son utopie, mais l'idée est très certainement partie du principe de société idéale.
Comme Erasme et Rabelais, il a aussi connu l'influence de l'évangélisme. Il a beaucoup contesté la richesse de l'Église, idée que l'on retrouve également dans son utopie. 


2. Utopia (1516)
Passons aux choses sérieuses ! L'Utopia, c'est un bouquin en deux parties.
La première se présente sous la forme d'un dialogue entre More et un certain Raphaël, un intellectuel voyageur... (je sais, c'est la grande classe) Ce dialogue est l'occasion d'une description critique d'une Angleterre inégalitaire, avec une hiérarchie sociale propriétaires/pauvres injuste...
La seconde est la description d'une "étrange république" fondée sur l'abolition de la propriété privée et de tout commerce impliquant de l'argent. (ouch, ça sent le communisme...)
C'est une société très libérale, avec peu de lois, où il n'existe aucune classe sociale. Les dirigeants sont des volontaires qui sont renouvelés tous les ans. Les biens sont distribués en fonction des besoins, les deux sexes sont égaux... Tous les utopiens accomplissent un service agricole de deux ans pour assurer la consommation des villes (ça sonne maoïste, hein ?). Les artisans fabriquent des objets qui sont distribués par les magistrats. On ne travaille que six heures par jour, parce qu'à partir du moment où tout le monde travaille, c'est suffisant. Le reste du temps, on épanouit ses qualités intellectuelles.Pour les repas, la table est commune; personne ne se goinfre. Comme le luxe est un signe d'inégalité, on utilise l'or pour faire des pots de chambre et les bijoux pour faire des jouets aux enfants. Les vêtements sont des uniformes faits avec de la laine ou de la toile.
Il y a aussi des esclaves, mais ce sont des prisionniers de guerre... Ces dernières étant purement défensives, bien sûr.


B. Rabelais et l'Abbaye de Thélème
1. Petite histoire sur Rabelais
Ça n'a rien à voir, mais j'avais la flemme de vous faire une biographie de Rabelais. En contrepartie, je vous raconte une anecdote. Rabelais, revenant de Rome, passe une nuit dans une auberge dans la région de Lyon; au moment de partir pour rentrer à Paris, notre cher écrivain se rend compte qu'il est sans le sou. Qu'à cela ne tienne ! Il écrivit "Poison pour le Roi et pour la Reine" sur des sachets de poudre. Il se fit arrêter et conduire à Paris par la police - aux frais de l'état, donc ! François Ier, qui devait avoir beaucoup d'humour, le relâcha à l'arrivée. De cette histoire est tirée l'expression "le quart d'heure de Rabelais" (expression que l'on retrouve dans Un Amour de Swann de Proust), devenue aujourd'hui "passer un sale quart d'heure". Trop fort, non ?

1. L'Abbaye de Thélème
C'est en fait le chapitre 57 de Garguantua (1534): "Comment étaient réglés les Thélémites". Cette abbaye est une antithèse des abbayes du XVIe: elle était mixte. Cette fois, nous sommes en présence d'une utopie de la liberté; il n'y a qu'une seule loi: "fais ce que voudras". Par contre, il n'y a rien d'égalitaire; il n'y a que des nobles, avec le sens de l'honneur, de l'autre (il ne se nuisent pas les uns les autres), et de l'émulation; on rivalise pour le meilleur. Et c'est tout ce qu'il y a à dire pour le moment; j'en reparlerai probablement si je fais un chapitre sur la guerre.

C. Fourier et son Phalanstère
1. À propos de Charles Louis Fourier
Sachez déjà que non, ce n'est pas l'inventeur de la fourrière; il était mathématicien. Il a vécu de 1772 à 1837 - un contemporain de Victor Hugo ! Bon, avec lui c'est pas compliqué, il a contesté à peu près toute la civilisation. Le couple traditionnel, parce que la femme y était esclave et qu'on épousait pas celui/celle qu'on aime, la misère ouvrière, le travail qui passait pour une punition... Bref, pour lui, le monde dans lequel il vivait était un monde sans ordre naturel, où il était impossible de vivre libre. Je dois avouer que son utopie était un peu folle, mais de cette idée ont découlé des inventions vraiment importantes, comme les crèches, qui ont permis aux femmes de s'émanciper pas mal.

2. Le Phalanstère
"Je vous recommande la description du Phalanstère comme le plus efficace des vomitifs." - Cioran.

Le principe du Phalanstère est fondé sur le concept du libre jeu des passions. En gros, les hommes et les femmes se rassemblent en fonction de leurs passions. "Le vrai bonheur ne consiste qu'à satisfaire ses passions", a dit Fourier. Avant de développer son utopie, il a d'abord décrété qu'il existait 12 passions, que nous n'avons pas en nous au même degré; il en a déduit qu'entre deux personnes, il y avait 810 combinaisons possibles. 810 hommes, 810 femmes, et hop: on prend 1620 personnes et ça fait un phalanstère. (ne me demandez pas ce qu'il fait de l'homosexualité, ça ne devait pas encore être dans les moeurs)
Pour les curieux, voilà les douze passions:
5 sensitives (les cinq sens, quoi)
4 affectives; l'amour (passion dérivée de ça, la haine "Amour et haine sont les deux faces d'une même passion" - Dostoïevski), l'amitié, l'ambition (l'étymologie, c'est la recherche de soutien des autres pour gagner des votes, il y a donc une dimension affective !), et le familisme (l'esprit de famille)
3 distributives: la cabaliste (la passion de l'intrigue, la recherche de l'argent...), l'enthousiasme (passion de la justice), et la papillonne (la passion du changement)
Voilà ! En théorie vous les avez toutes, de manière plus ou moins hiérarchisée, et l'amour de votre vie a le même ordre de passions. (voilà, vous savez tout sur le fonctionnement de Meetic.com ! je sors)
Bon, alors le coup des passions fonctionne pour l'amour, mais pas que. Le travail se fait en fonction des passions; l'enthousiaste sera magistrat, le sensitif s'occupera des repas... Comme ça, il y a très peu de concurrence, chacun fait ce qui lui plaît, tout ça...
Il n'y a pas de familles non plus; les enfants sont élevés en commun dans les fameuses crèches. Il n'y a de professeurs que pour les "savantins précoces", le reste des enfants apprend en suivant un enseignement mutuel; chacun a quelque chose à apprendre aux autres ! (à 3 ans, j'adorerais voir ça !)
Et puis, tout le monde avait une activité commune; l'opéra ! C'était l'emblème de l'esprit d'unité, dans le sens où l'opéra, au XIXe, était considéré comme la synthèse de tous les arts; danse, musique, peinture, harmonie, mesure...

Bon, ça a été un bide total, désolée pour ceux que ça intéressait ! :p


Pour plus de détails, il suffit de me demander en commentaire !

Par Nÿd Drakan
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Dimanche 10 mai 2009
Voilà les amis, avec ce dernier paragraphe, vous aurez de quoi être calés sur l'utopie ! Et après je passe à autre chose, parce que ça a l'air d'intéresser à peu près... deux personnes, je crois ! (bon, ok, tout le monde est en examen à cette époque de l'année, ça n'aide pas)

III. Un exemple de contre-utopie: Le Meilleur des Mondes, de Huxley

C'est quand même celui que tout le monde a lu, avec Fahrenheit 451. Je ne vous raconte pas l'histoire, cette fois !

Ceux qui l'ont lu auront remarqué que ce bouquin a vraiment la classe. Pourquoi ? Déjà, parce qu'il n'a été écrit qu'en 1932. C'est 15 ans après Mussolini, 4 ans après Staline, et... un an avant Hitler. Or Huxley propose une histoire qui tourne autour du nazisme ! Une histoire où le gouvernement prétend faire le bonheur des gens, même sans leur consentement. Notre auteur étant un scientifique, il a tourné autour de l'idée que le bonheur n'est possible que si la science domine.
En 1947, Robert Antelme (le mari de Marguerite Duras, un résistant) écrit L'espèce humaine, livre dans lequel il expose le projet SS de nier l'humanité de l'homme; c'est une idée que l'on retrouve chez Huxley à travers la destruction de la structure familiale. La maternité est obscène, les enfants sont classés... Le conditionnement des hommes est libidinal, puisqu'ils apprennent à ne pas s'attacher aux gens, à souvent changer de partenaire pour ne pas tomber amoureux. Le conditionnement intellectuel va également dans ce sens: on enseigne pas l'histoire, et on perd donc le sens historique de la civilisation. En plus, comparer avec le passer est la caractéristique de l'esprit critique ! Et puis, ses personnages perdent leur liberté aussi, sauf que c'est "moins" violent, car inconscient.

Il n'y a pas que ça, bien sûr.
Huxley présente également les caractères de la société de masses. Ça rappelle assez Les Temps Modernes de Chaplin, avec la mécanisation (la taylorisation, même !) de la vie humaine. On le voit bien au début du livre, où les enfants sont éduqués ensemble, et où ils sont éloignés de la beauté et de la pensée avec des électrochocs.
Il renouvelle aussi le contrat social avec le modèle de l'iceberg. "
huit neuvièmes au-dessous de la ligne de flottaison, un neuvième au-dessus.", la partie du dessous n'effectuant pas de travail trop dur et étant droguée au cinéma sentant, au soma et au reste. Le système social rejoint le fait qu'il n'y aie pas d'histoire (comme dans toute utopie qui se respecte; une société parfaite n'évolue pas); chacun a sa fonction, rien ne bouge jamais.

Un autre truc intéressant, c'est qu'en 1946, Huxley ajoute une préface. Il y dit des tas de trucs chouettes. Je vous cite un passage, juste pour le plaisir:
 "...Cette idée, suivant laquelle le libre arbitre a été donné aux être humains afin qu'ils puissent choisir entre la démence, d'une part, et la folie, de l'autre, était une notion que je trouvais amusante et considérais comme tout à fait vraie. [...] Je n'éprouve aujourd'hui nul désir de démontrer qu'il est impossible de rester sain d'esprit. Au contraire, bien que je demeure non moins tristement certain qu'autrefois que la santé d'esprit est un phénomène assez rare, je suis convaincu qu'elle peut être atteinte [...]."
J'ai très envie de tout vous recopier, mais mon article n'aurait plus de sens ! N'ayant pas le temps de la lire, je vous en reparlerai peut-être plus tard.

Pour conclure, une dernière citation du Meilleur des Mondes, qui fera plaisir aux artistes comme aux scientifiques:

"- Ce n'est pas seulement l'art qui est incompatible avec la stabilité. Il y a aussi la science. La vérité est une menace, et la science est un danger public. Nous sommes obligés de la tenir soigneusement enchaînée et muselée. (...) Elle nous a donné l'équilibre le plus stable de l'histoire. Mais nous ne pouvons pas permettre à la science de défaire ce qu'elle a accompli. Voila pourquoi nous limitons avec tant de soins le champ de ses recherches. Nous ne lui permettons de s'occuper que des problèmes les plus immédiats du moment. Toutes les autres recherches sont soigneusement découragées."



Voilà, c'est fini pour l'utopie !
Par Nÿd Drakan
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Jeudi 21 mai 2009
C'est un peu osé de ma part, mais je me lance ! Voilà un résumé schématisé d'une page de Que sais-je ? Les Droits de l'homme, par Jacques Mourgeon.

C'est un résumé des distinctions principales que l'on peut faire dans le vaste sujet qu'est le droit. L'auteur concède que c'est une vision assez restreinte du droit, m'enfin il faut bien commencer quelque part...
Un grand merci à Julianos qui m'a appris à faire des captures d'écran, et à Bubbl.us qui fait des merveilles en matière de brainstorming.


Alors
, pour vous introduire à mes deux su-perbes schémas, voilà le topo: Jacques Mourgeon nous dit que le droit peut se subdiviser en plusieurs catégories. Comme la littérature, quoi; on a le roman, le théâtre, la poésie... Pour lui, il y a trois façons de le classer;
- il y a "le droit de" et "le droit à". On sépare ainsi l'action de l'obtention. On a le droit de faire ça, et le droit à quelque chose. Bon.
- On a aussi le droit civil et politique et le droit social, culturel et économique. C'est une division qui se rapproche pas mal de l'autre; en effet, on se rend rapidement compte que le droit politique est souvent en "droit de" et que le droit social est un "droit à".
- Et enfin, on peut le diviser en trois catégories, qui sont relatives au corps, à la pensée, et au statut culturel, économique et social. On retrouve ces trois dimensions dans le "droit de" comme dans le "droit à".

... Et en théorie, mes graphiques expliquaient ça très bien ! :p


1. "le droit de", qui se rapporte souvent au droit civil et politique.


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2. "le droit à", relatif au droit social, culturel et économique.



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Par Nÿd Drakan
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Jeudi 21 mai 2009
Comme vous avez dû le remarquer, j'ai commencé un thème sur le droit. Vous allez avoir droit à tout plein d'articles sur le sujet, parce que ça me permet de faire des résumés de bouquins, et par là de préparer des entretiens pour des facs de droit.
M'enfin bon, droit, droit et re-droit, ça devient vite gonflant. Je compte donc aborder d'autres thèmes en parallèle, donc celui-ci: autorité et pouvoir.


Qu'est-ce que l'autorité ?

1. Etymologie
L'autorité provient du latin "augere" qui signifie augmenter, faire croître. Étymologiquement, l'autorité est donc une instance qui permet à une réalité de se développer; c'est le cadre qui permet de grandir, de progresser. Pour Hannah Arendt, par exemple, l'éducation a besoin d'autorité pour faire la transition entre le monde de l'enfant et celui de l'adulte; c'est par l'autorité que la transmission de valeurs se fait.

2. Hannah Arendt, "Qu'est-ce que l'autorité ?" (dans La Crise de la culture)
De manière générale, le commun des mortels a tendance à dire que l'autorité, c'est le pouvoir, et vice versa. Justement, pas du tout !
L'autorité, c'est la faculté d'exercer une domination légitime. Elle est donc supposée reconnue.
Le pouvoir, c'est la faculté d'exercer une domination pour obtenir quelque chose. Il n'est pas affecté à la légitimité (le pouvoir de vie ou de mort n'est pas légitime).

"Puisque l'autorité requiert toujours l'obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l'autorité exclut l'usage de moyens extérieurs de coercition; là où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué. L'autorité, d'autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l'égalité et opère par un processus d'argumentation. [...] S'il faut vraiment définir l'autorité, alors ce doit être en l'opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments."
Voilà pour la différence entre autorité et pouvoir. L'autorité exclut tout usage de la force ou de moyens de persuasion ou d'argumentation, comme ce qu'on appelle "les arguments d'autorité". Persuader quelqu'un que l'autorité est légitime par l'argumentation est donc contraire à l'autorité.



Au prochain épisode: Comment le pouvoir acquiert-il sa légitimité ?
Par Nÿd Drakan
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Lundi 25 mai 2009
Eh oui, encore un "nouveau" thème; pour être sincère, j'ai un contrôle de sciences politiques là-dessus vendredi prochain, et le blog est encore mon meilleur outil de révisions.


La Nation

La nation est un concept que l'on a tendance à opposer à celui de mondialisation. La mondialisation pose pas mal de problèmes, notamment un problème d'échelle: difficile de vivre et comprendre un univers sans frontières ! (même si pour vendre des produits, c'est super pratique)
Aujourd'hui, le sentiment national existe toujours, mais le citoyen est désemparé à l'échelle du monde; il perd toute possibilité d'action, et peut se sentir comme un pion perdu dans l'immensité du cosmos (c'est beau). Du coup, la mondialisation peut provoquer une radicalisation des sentiments communautaires, comme le nationalisme, qui est une version négative et extrême du sentiment national.

I. Définition
Nation vient du verbe "nascor" (latin, grec, j'en ai aucune idée !) qui signifie "naître".
La définition commune, c'est qu'une nation est un ensemble d'individus nés dans un même lieu ou appartenant à une même lignée. Définition qui justifie les différents droits de naturalisation; le droit du sol et le droit du sang. (programme de 3e, éducation civique)
Au XVIIe siècle, on considère que c'est une communauté d'origine, de langue et de culture similaires.
Pendant la révolution française, et en particulier avec Siéyès, la nation était moins identifiée à un territoire qu'au Tiers-État lui-même. Comme vous vous en doutez, ça a posé des tas de problèmes au niveau de la représentation politique, puisqu'il considérait que 98% de la population était la nation, mais qu'elle ne représentait qu'un tiers des gens qui représentaient la France. (programme de 2nde, histoire)

À ne pas confondre avec:

- L'État, qui est l'institution juridique qui gère la nation. On y trouve une dimension juridique voire même économique (même si l'économie échappe de plus en plus à l'État avec la libéralisation).
- Le pays: ce n'est qu'une notion géographique et culturelle; c'est un territoire.
- La patrie: c'est le pays de nos pères, étymologiquement - c'est pour ça qu'on dit mère patrie (ahem). C'est un intermédiaire entre la famille et le monde (en théorie).
- Le nationalisme (terme apparu au XIXe siècle), qui peut avoir une signification valorisante comme dévalorisante. Il y a le gentil patriote de l'affiche de propagande, et le sentiment national qui pousse à haïr les autres. Aujourd'hui, on parle aussi de conservatisme et de radicalité politique.

La différence entre État et nation par Paxton

Robert Paxton est un grand historien américain, spécialiste de la deuxième guerre mondiale et de la France.
Pour lui, la différence entre État et nation s'incarne dans le conflit entre De Gaulle et Pétain. (programme de 1°, histoire)
- Pétain a trahi la nation, et avec elle ses valeurs. Il a remplacé notre superbe devise par "Travail, Famille, Patrie", a mis la république de côté, a collaboré avec l'ennemi... Mais c'était pour sauver l'État et assurer sa continuité.
- De Gaulle, lui, a désobéi à l'État; il a fui à Londres en 1940. Mais, ce faisant, il a sauvé la nation en conservant sa dignité, voire l'État (qui pour lui n'avai rien à voir avec Vichy) puisqu'il a alimenté sa reconstruction.


Au prochain épisode: La nation comme entité culturelle et politique.
Par Nÿd Drakan
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Mardi 26 mai 2009
La Nation

I. Définition

II. La nation comme entité culturelle et politique

Je ne peux pas trop détailler, ceci est un cours rattrapé...

Montesquieu a cherché à définir la nation comme une entité culturelle en parlant, dans l'Esprit des lois, de "l'esprit général d'une nation". Cet "esprit général" serait le résultat de nombreux facteurs: les traditions, les moeurs, les conditions géographiques et climatiques, les formes de gouvernement... Compte tenu de la diversité de ces facteurs, il devient impossible de comparer entre elles les nations-cultures et de les hiérarchiser. "Les divers caractères des nations sont mêlés de vertus et de vices." (L'Esprit des lois, XIX, 10)

Une nation, comme entité culturelle, peut aspirer à devenir une entité politique, un État. Cela arrive lorsque la consciente culturelle nationale atteint sa maturité. Pour les détails, il faudrait que je vous explique la définition du sentiment national par Renan, mais j'étais absente au cours ¬¬" Bref. A contrario, un État-nation peut permettre à des cultures différentes de s'exprimer: c'est le cas des États-nations pluri-culturels, comme la Belgique et la Suisse. Dans ce cas, c'est la nation comme entité politique qui est privilégiée par rapport aux différences culturelles.

C'est le cas en France où la nation s'est affirmée comme entité politique:
1) à l'intérieur: la nation est l'espace politique où s'est trouvée légitimée la souveraineté du peuple par rapport aux pouvoir royal, au pouvoir des autres ordres. On recourt au terme de "nation" pour combattre les privilèges sociaux (auxquels on oppose l'égalité des citoyens formant la nation). La nation s'oppose aussi aux particularismes religieux, avec l'idée de laïcité. La nation s'oppose enfin aux particularismes régionaux, avec la fête nationale, par exemple.
2) à l'extérieur: La nation s'oppose aux autres pays. Le sentiment national se développe à la faveur des guerres de la Révolution. La Marseillaise en devient l'emblème; c'est le chant de guerre pour l'armée du Rhin en 1792, composé par un officier de génie, Claude Joseph Rouget de Lisle en avril 1792. En 1795, il devient le chant national. Interdit de 1715 à 1870, il de redevient en 1879. Aujourd'hui, le chant national est To Holmgard and beyond de Turisas.


Au prochain épisode: La difficile conciliation entre cosmopolitisme et patriotisme.
Par Nÿd Drakan
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